Le Touring Club de France et les panneaux indicateurs

Le Touring Club de France a été fondé à Neuilly en 1890. Son objectif est de développer le tourisme. Pour ce faire, parmi ses nombreuses activités, et ceci dés sa création, il entreprend d’équiper les routes de panneaux indicateurs. Dés 1899, il distingue 3 catégories différentes de poteaux, comme vous pouvez le voir sur cet article paru dans la revue du TCF.

 

1899-souscriptions.jpgPage 327, revu du TCF de 1899

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La catégorie qui nous intéresse particulièrement est celle des poteaux indicateurs de direction et de curiosités, mais tout au long de son existence, le TCF constellera la France de panneaux indicateurs mais aussi « avertisseurs » notamment pour les descentes, virages dangereux… et « protecteurs » pour les pistes cyclables. En effet n’oublions pas qu’à cette épôque, fin du XIXème début du XXème siècle, le « vélocipède »  était un moyen de locomotion en plein développement. L’aménagement du territoire auquel cette association s’est livrée était notamment destiné à faciliter la circulation des vélos. L’engouement pour « la petite reine » ne s’est d’ailleurs pas démenti puisque la première édition du Tour de France a eu lieu en 1903.

 

Le financement des poteaux indicateurs (comme vous pouvez le voir sur la page ci-dessus) était directement effectué auprés des souscripteurs. En effet le TCF n’était pas une association à but lucratif mais chaque membre, voulant recevoir le journal, bénéficier des services offerts par l’association devait s’acquitter d’une cotisation. (à titre indicatif en 1942, le nombre d’adhérent était d’environ 700 000 !). En outre, ces membres sociétaires étaient régulièrement sollicités afin de prende en charge le financement d’un ou de plusieurs panneaux. On voit ici que la contribution demandée pour un panneau est de 25Frs (une place de cinéma à l’épôque était de 1Frs). 

 

Les indicateurs étaient en tôle émaillée de 2mm d’épaisseur. Fabriquées en deux dimension: 70 X 38 pour la route, et 80 X 50 pour les localités. Ci-dessous une planche des différents panneaux TCF, avant 1919.

 

indicateurs-baillif.jpgPlanche issue du Guichet du savoir

 

En 1908, on trouve dèjà prés de 8000 panneaux de directions de ce type en France. En 1914 pas moins de 30000 panneaux de signalisation routière


Une circulaire interministérielle, celle du 9 août 1919, officialise la signalisation routière de direction. En outre, elle stipule que le principe de financement par le TCF, par le biais d’un donnateur, est acquis. Il est évident que le TCF s’engrouffre dans la brèche. Rétroactivement, on peut même penser que ses prérogatives sont exorbitantes et qu’il se substitue au ministère du Tourisme aussi bien qu’a celui des Ponts-et-Chaussée. Quoiqu’il en soit il propose et traite directement avec les Conseils Généraux.

 


Pourquoi le TCF, qui avait déjà implanté des plaques depuis sa création en1890, n’a-t-il pas continué à placer le même style de plaques ?

Tout simplement par que la circulaire de régulation de 1919 rendait obligatoire l’inscription du N° de la route. Pour être plus précis:

« Les inscriptions seront surmontées d’une flèche unique et de la désignation abrègée de la voie publique suivie: N, D, GC, IC, VO suivi du N° de la voie. Les lettres devront avoir au moins 15 cm de hauteur, les chiffres un peu plus peti que les lettres ».

 

Ci-dessous, un article paru en 1920 sur les panneaux indicateurs qu’il propose. On voit que le cahier des charges est rempli.

 

REVUE-TCF-1920-n-10.jpg

 

 

Peut-être vous posez-vous la question de savoir pourquoi l’on ne rencontre plus aujourd’hui de ces panneaux alors que l’on croise encore des plaques de cocher, des mâts avec une, deux ou trois plaques ? La raison en est simple: ces panneaux sont en bois. Pour être plus précis ils sont en bois de sapin, d’une épaisseur de 24mm. Ils sont supportés par un poteau de 75cm sur 10, voire de deux pour les panneaux supérieurs à un mètre. Placés à 1m80 du sol, ces panneaux n’ont pas résisté au temps.

 

Et voici la photo qui contredit ce que je viens d’écrire… si si on peut encore rencontrer des plaques de direction du TCF en bois… la preuve en image :

Murs--1-.jpgSur un mur, à Murs et Gélinieux dans l’Ain, Mario vient de m’envoyer à la lecture de cet article cette plaque !

 

Mais pourquoi avoir choisi ce matériau alors que les plaques comme les poteaux étaiant traditionnellement fabriquées en fonte, en zinc laminé ou émaillé ? Certes le matériau est noble mais incompatible avec la longévité dont il doit être doté. Pour deux raisons dont l’une est évidente: son coût.

En effet, bien que s’associant souvent avec des marques telles que Dunlop, Hutchinson ou autres (également avec des associations à vocation touristique telles Le Club Alpin Français -voir photo ci-dessous) qui fournissent les plaques, elle est en concurrence (on peut employer ce terme sans remettre en cause la volonté du TCF de faire preuve de bienfaisance) avec Michelin. La Société propose elle des panneaux en lave émaillée, des bornes d’angle en ciment assemblées sur place,  quasiment indestructibles mais d’un coût plus élevé.

Il existe une seconde raison, qui vaut ce qu’elle vaut mais qui il est vrai se vérifiait dans certaines zones rurales. Les plaques en zinc laminé ou émaillé étaient la cible régulière de tireurs au fusil ! Le bruit fait par une volé de plomb dans une plaque de zinc permet de savoir si on a rété sa cible ! D’ailleurs le TCF était régulièreement amené à déposer des plaintes contre ces joueurs invétérés (quand ils ne couraient pas assez vite pour se faire rattraper…)

 

1er-poteau-indicateur-du-TCF-Trappes-9juin-1920.JPGL’inauguration du 1er panneau à Trappes le 9 juin 1920.

 

En 1920 donc, le TCF se fixe comme objectif d’apposer 45000 panneaux ! Son comité des routes qui se réunit tous les mois fait la liste des nouvelles plaques apposées le mois précédent. Voici un exemple avec les sommes consacrées lors du mois de septembre 1926:

 

 

REVUE-TCF-1926-09-Cout-des-panneaux.jpg

 

Pratiquement, comment cela se passait-il ? La démarche variait peu d’un département à l’autre. C’étaient les Conseils Généraux qui se portaient acquéreurs des plaques pour leur département. Un exemple: en 1903, le département de l’Aude a acheté pour la coquette somme de 17673 Francs quelque 479 poteaux et 367 plaques murales, de quoi alimenter l’ensemble du département. (voir l’article ci-dessous).

 

TCF-1903-Vente-a-l-Aude.jpg– Extrait du journal TCF 1903 –

 


Mais le TCF passait des marchés pour fabriquer les poteaux et plaques, par contre, la pose restait à l’initiative des départements, des villages. En étaient chargés les agents-voyers, sous le couvert de l’Administration des Ponts-et-Chaussée. D’oû cet article, paru en 1925, destiné à remercier les agents chargés de la pose.

 

REVUE-TCF-1926-copie-1.jpg

 

Pour clore cet article, voici quelques photographies contemporaines en illustration.

 

Plaque-emaillee-TCF.jpg  panneau-touring.jpg 

Une plaque en tole émaillée qui doit dater d’avant 1920.  Et une plaque plus axée sur le développement touristique, de la même époque.


 

Baud-Bois.jpgEt voici l’un de ces fameux panneaux en bois, cliché de 1920.

Ce-jour là c’est son inauguration par Henry Deffert, Président du TCF.

 

Et ci-dessous une photo de ce site, celle de la plaque de cocher sise à St-Martin d’Uriage sur la chalet des Seiglières.

St Martin d'Uriage– Cliquez sur la plaque pour la localiser sur ce site –

 

 

Voici, à titre posthume, deux couvertures du journal mensuel du TCF, l’une de juin 1891, l’autre de mars 1928.

La liquidation des biens du Touring Club de France a été prononcée le 23 octobre 1983.

 

JUIN-1891.jpg Mars-1928.jpg 

 


 


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