A l’intérieur du jardin de l’Anglicane, au croisement des avenues Alexis Godillot et Andrée de David-Beauregard, ce mât d’interdiction. Cette église fut construite (sur des bases anciennes) à la demande d’Alexis Godillot, au début du XIXème siècle.
Consacrée en 1884 par l’évêque de Gibraltar elle a été utilisé par la communauté anglaise jusqu’en 1953. C’est maintenant un lieu culturel municipal. ↗
L’avenue Alexis Godillot fut appelée ainsi en 1898. Il s’agissait auparavant de l’avenue Victoria. Cette modification émane du maire de Hyères de l’époque, Jules Massel, contemporain d’Alexis Godillot et des grands aménagements dans cette commune. La demande fut faite auprès du fils de M. Godillot le 10 mars 1898, il s’agissait alors de rebaptiser l’avenue Costebelle en avenue Victoria, de renommer l’avenue Victoria en avenue Alexis Godillot. En réponse par courrier du 19 mars 1898, Alexis Godillot fils, après en avoir parlé avec sa soeur, Mme Henri Renard, accepta cette proposition à condition toutefois que le nom, Godillot, soit écrit en lettres identiques à celles du prénom, Alexis. Cette demande fut bien sûr exaucée, la lecture de la plaque nous permet de le constater.
La plaque ouvragée est surmontée du blason de la ville d’Hyères : il fut établi à partir de 1809 suite à l’établissement par Napoléon de lettres patentes portant concession d’armoiries. Il s’agit bien du blason d’origine avec sa couronne murale mais sans la Croix de Guerre avec palmes délivrée à la ville en 1948. ↗
La plaque de police interdisait aux voitures non suspendues d’eumprunter cette avenue. L’ordonnance Royale du 11 septembre 1822, article 1er, nous donne la définition du terme : voitures non suspendues:
Le ou les motifs de cette interdiction restent à déterminer. Seul le dépouillement des archives municipales nous permettrait sans équivoque de connaître ces raisons. J’ai donc consulté ces archives (en ligne sur le site de la ville de Hyères ↗) jusqu’en 1920 mais sans succès.
Si aprés la grande guerre la plupart des hippomobiles, tant à vocation commerciale que dans l’armée, étaient pourvus de ressorts, les caissons, les affuts, et en général tous les véhicules destinés à circuler à travers champs en étaient dépourvus. En effet, la détente des ressorts sur ces terrains défoncés amènerait des « projections dangereuses du chargement et du personnel » (1). Or il est précisé dans plusieurs documents et études portant sur l’entretien et la dégradation des routes que « les voitures non suspendues (…) détériorent davantage les routes que les voitures suspendues (…) » (2).
Un motif de cette interdiction pouvait donc être la possible dégradation de la chaussée générée par ces véhicules non suspendus.
Pour renforcer cette hypothèse, citons quelques exemples :
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- Une ordonnance datant du 17 octobre 1849 concernant la sûreté de la circulation sur le Pont de la Réforme (aujourd’hui Pont Louis-Philippe à Paris) interdit le passage des voitures non suspendues attelées de plus d’un cheval et aux voitures suspendues attelées de plus de deux chevaux. (3)
- Début du XXème à Valenciennes, en 1901, la mairie interdit les voitures chargées non suspendues sur deux boulevards, Carpeaux et Saly. (4)
Nous trouvons également sur un ouvrage technique sur les routes et le roulage (5) ces précisions allant dans le même sens :
(…) les voitures non suspendues, parcourant des routes inégales et raboteuses, éprouvent des chocs qui dégradent les chaussées, fatiguent les chevaux et les voitures, et endommagent les marchandises.
Nombre de documents corroborent donc cette hypothèse. Mais il existe une autre explication possible, celle reprise par le site de la mairie. Voici un extrait d’un article de la page facebook de la ville d’Hyères ↗
On peut donc penser que le bruit généré par ces véhicules était suffisamment gênant pour que leur circulation soit interdite dans certains quartiers ou rues. Un site consacré à l’histoire locale va même plus loin en y voyant un symbole des conflits entre paysans et élites :
Si nombre de Hyérois sont fascinés par l’industriel génial et extravagant mécène (NB: Godillot), d’autres lui en veulent de plier leur ville au goût d’étrangers oisifs, et s’en sentent exclus. Près de l’église anglicane, on a conservé un panneau anachronique, qui témoigne des tensions entre paysans et vacanciers : sur la flamboyante avenue Alexis Godillot, on interdit les « véhicules non suspendus », soit les charrettes des cultivateurs, dont le bruit perturbe le sommeil des aristocrates… ↗
Là encore, il est difficile de valider cette version « lutte des classes » sans documentation. Toutefois, un article paru en 1912 dans un journal local intitulé LE PALMIER, nous apprend qu’un arrêté de police, mis en oeuvre par le commissaire Chauvin, entendait réglementer la circulation hyéroise. Dans un courrier adressé aux automobilistes (et non pas aux conducteurs d’hippomobiles) il était demandé de « (…) prendre l’allure lente dans les avenues Costebelle, Beauregard et Godillot, qui servent de promenades aux étrangers durant la journée médicale entre 9 H du matin et 4 h du soir. Un agent se tiendra en service permanent de surveillance dans ces avenues. »
Et c’est peut-être là qu’il faut chercher une explication à la mise en place de cette plaque. Hyères au XIXème est une station hivernale assidument fréquentée par des curistes atteints par la tuberculose et maladies respiratoires. Nous sommes alors dans une ville thermale. Ainsi l’objectif de cette plaque pourrait tout simplement être de vouloir sauvegarder la tranquillité des patients en réduisant les nuisances liées à la circulation.
Le mât et la plaque peuvent provenir des fonderies du Val d’Osne, là où furent fabriquées les fontaines Godillot.
(1) La Semaine vétérinaire : revue des travaux français & étrangers 18 decembre 1919
(2) Mémoire sur le tirage des voitures et sur les perfectionnements dont les moyens de transport sont susceptibles / par M. Piobert (1842)
(3) Collection officielle des ordonnances de police depuis 1800 jusqu’à 1844. Tome 5
(4) Le Valenciennois (12 février 1901)
(5) Mémoire sur les routes et sur le roulage / par MM. Corrèze et Manès 1832
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